L’histoire de la mycothérapie - MYCELAB

L’histoire de la mycothérapie

Depuis la nuit des temps, les champignons sont présents sur la planète Terre. Malgré une augmentation de la consommation occidentale, ils sont souvent perçus comme mystérieux, sibyllins ou étranges. Quelle est leur histoire ? Nous vivons à leurs côtés mais nous ne connaissons que peu de choses sur eux. Focus sur ces organismes hors normes. 

L’ethnomycologie, qu’est ce que c’est ? 

L’ethnomycologie correspond à l'étude des relations étroites entre l’Homme et le champignon à travers les siècles. Elle nous permet de connaître leurs utilisations dans les différentes sociétés car les êtres humains sont conscients du pouvoir thérapeutique des champignons depuis des millénaires. 

La préhistoire et la mycothérapie 

Nous avons découvert très peu d'écrits sur les relations entre les Hommes et les champignons pendant la période Protohistorique. Seulement des peintures retrouvées au Sahara, de l'Amanite tue-mouches (Amanita muscaria) qui est un champignon vénéneux utilisé pour ses propriétés médicinales et religieuses mais aussi, des écrits en Sibérie pour des rituels chamaniques. 

À la fin de la préhistoire, l'usage thérapeutique des champignons semble plus fréquent et plus organisé. Le 19 septembre 1991 est fait la découverte de Ötzi, un Homo Sapiens datant de 5 300 ans. Son corps a été naturellement momifié par congélation sous la neige, il a été trouvé à proximité du sommet alpin Similaun dans le massif de l'Otztal. Il portait sur lui un champignon, le Polypore (Piptoporus betulinus) qui possède de nombreuses propriétés thérapeutiques. Les analyses archéologiques ont montré qu’il était atteint de trichinose (infection due à un parasite et transmise à l'homme par la consommation de viande peu ou pas cuite) ce qui peut justifier l’utilisation du Polypore.

La Chine et la mycothérapie

La Chine apparaît comme le précurseur de l’utilisation des champignons. Les plus vieux écrits concernant les champignons sont recensés dans le « Shen Nong Ben Cao Jing » (inspiré par les dires de Shennong, empereur antique qui a régné sur la Chine vers 2800 avant J-C.) publié au premier siècle avant J-C. On retrouve dans cet ouvrage des champignons tels que le Shiitake (Lentinula edodes), le Reishi (Ganoderma lucidum), l’Hydne Hérisson (Hericium erinaceus), le Champignon Chenille (Ophiocordyceps sinensis) et le Kawaratake (Trametes versicolor).

Sur le continent asiatique, la mycothérapie est ancrée dans la culture depuis toujours et les médecins traditionnels utilisent régulièrement les champignons connus comme étant immunostimulants en guise de complément de traitements thérapeutiques. Par exemple, le champignon chenille (Ophiocordyceps sinensis) et le Ganoderme luisant (Ganoderma lucidum) sont utilisés en Chine et le Shiitake (Lentinula edodes) et le Polypore versicolore (Trametes versicolor) sont utilisés au Japon comme traitements complémentaires de la chimiothérapie. 

L’occident et la mycothérapie

Durant l'Antiquité, plus précisément pendant la mythologie de la Grèce Antique (900 avant J-C – 400 avant J-C) on raconte que, Persée (héros, fils de Zeus) fatigué de sa journée, s'arrêta au bord d’un ruisseau. Il cueillit un champignon pour récolter un peu d’eau à des fins de la consommer. Puis, il décida d'appeler cet endroit prospère à la vie « Mycènes ». Depuis, les champignons représentent la magie, l'immortalité et la divinité. Pour les populations plus superstitieuses, les champignons ont des pouvoirs surnaturels. Ils permettent de se nourrir, de se soigner, d’allumer du feu, mais aussi de s’empoisonner. À cette époque, les champignons représentent la main des Dieux, ils sont une source inépuisable de nourriture en période de famine, ou à l’inverse, un aliment toxique représentant la colère des Dieux. 

Euripide (poète grec 460 avant J-C – 370 avant J-C) écrit un ouvrage sur la toxicité des champignons, il met en garde contre leurs consommations car ses enfants et sa femme sont morts après l’ingéstion de ces derniers. 

Hippocrate (Père de la médecine moderne 460 avant J-C – 377 avant J-C) partage son expérience avec l’usage des champignons pour la cuisine et la médecine. Peu de temps après, Théophraste (disciple d’Aristote 371 avant J-C – 288 avant J-C), poursuit ses travaux et propose une classification des champignons. 

Pendant la conquête des Romains sur l'Egypte et la Grèce antique nous recensons une consommation de champignons comestibles et l’utilisation des champignons toxiques comme poison. 

Au II siècle après J.C, Galien de Pergame (130 après J.C - 215 après J.C env.) est reconnu comme étant le plus grand médecin de l’antiquité après Hippocrate. Il réalisait déjà des préparations à base de champignons à des fins thérapeutiques. Malheureusement, ces travaux et son savoir, n’ont pas été pris en compte à cette époque. La cause est que, les terrains agricoles étaient régulièrement touchés par des maladies dont certains champignons sont les responsables. 

Durant le Moyen Âge, de nombreuses rumeurs circulent sur les champignons ce qui amène beaucoup d’intrigue et un certain folklore sur le sujet. Certaines espèces de champignons sont nommées « cercle de fées », « ronds de sorcière » qui sont la source de nombreuses légendes. Selon les mythologies (nordique, celtique, grecque, romaine et européenne) ce sont les elfes, les dryades, les nymphes et les gnomes qui sont directement liés aux champignons. 

En Angleterre, le sentiment est tout autre, l’étymologie anglaise du mot champignon « toadstool », qui veut dire littéralement :  « tabouret de crapaud » engendre craintes et superstitions, car, comme vous le savez, l’image du crapaud et de la sorcière sont intimement liées. Les champignons sont utilisés dans la magie noire, ils symbolisent le fruit du démon et la manifestation du mal. On leur donne des noms terrifiants : Tête de méduse (Armillaria mellea), Bolet de Satan (Boletus satanas), Trompette des morts (Craterellus cornucopioïdes), Oeuf du diable (Ityphallus impudicus), Anges de la mort (Amanita verna et Amanita virosa), Agaric meurtrier (Lactarius torminosus), et bien d’autres…. Ces divers noms ont contribué à donner aux champignons une mauvaise réputation et cette réputation s'est perpétuée au cours des siècles.

C’est à la fin du XVIème siècle que l’on observe un intérêt pour l'étude des champignons. C’est le botaniste flamand Charles de L’Ecluse (1526-1609) publie en 1601 le premier ouvrage intitulé : « Rariorum plantarum historia : Fungorum in Pannoniis observatorum brevia historia » où il décrit 100 espèces de champignons. Ces recherches et travaux sont repris et approfondis par Franciscus Van Sterbeek (1630-1693) lui-même flamand, il écrit le premier guide sur les champignons « Theatrum Fungorum Of Het Tooneel Der Campernoelien ». 

Le hollandais Antoni van Leeuwenhoek (1632-1723), l’anglais Robert Hooke (1635-1703) et le suédois Carl Von Linné (1707-1778) ont eux aussi participé grandement au déchiffrage et à la comprhéension des champignons pendant la Renaissance. 

Cette période a vu naître également deux ouvrages sur la mycologie : 

  • « Synopsis Methodica Fungorum » de Christan Hendrick Persoon (1761-1836) publié en 1801.
  • « Systema Mycologicum » de Elias Magnus Fries (1794-1878) publié en 1821. Dans cet ouvrage, l’auteur propose une classification basée sur la morphologie des champignons et ouvre la voie à la mycologie moderne. Grace a cet exploit, il sera surnommé « père de la mycologie descriptive. »

En France, deux frères Charles Tulasne (1816-1884) et Louis-René Tulasne (1815-1885) publient un ouvrage illustré « Selecta Fungorum carpologia » en 1865. Leurs descriptions sont très minutieuses, car les champignons sont observés au microscope. Cet ouvrage deviendra la référence en matière de classification. 

Au XX siècle, les découvertes sont de plus en plus récurrentes et se produisent souvent par hasard. Par exemple, Alexander Fleming, biologiste anglais (1881-1955) découvre, en 1928, par hasard, la substance « pénicilline », un puissant antibiotique qui a permis de sauver des millions de vie. Il y a également l’exemple du laboratoire Sandoz (actuellement Novartis) qui a découvert le Tolypocladium infatum dont il a été isolé un agent immunosuppresseur : la ciclosporine. Cet agent a permis la révolution et l’évolution médicale des greffes d'organes et permet toujours de sauver de nombreuses vies humaines. 

Les champignons se fraient une place doucement… (ou à travers les plantes) 

En conclusion, l'évolution de la mycothérapie à travers les siècles est le fruit d’un travail collectif et complémentaire. Ce savoir s’est enrichi à travers les âges, ce qui a permis de mieux comprendre ces organismes à part entière mais, également de créer des traitements thérapeutiques très prometteurs. Par exemple, de nos jours, 40% des médicaments thérapeutiques dans le monde sont issus des champignons. 

Malgré une augmentation de la consommation des champignons par les occidentaux, nous retrouvons peu de traces pour des usages thérapeutiques en occident. Cela est sans doute dû à la vision mycophobe des occidentaux, aux problèmes d’approvisionnement de champignons possédant des propriétés thérapeutiques, au manque de connaissances à leurs sujets mais aussi à la place prédominante que prend la phytothérapie dans la médecine occidentale qui ne laisse pas ou très peu de place aux champignons. 


Cet article vous a plu ? Retrouvez également notre article sur la mycothérapie. 

https://mycelab.fr/blogs/mycelab-le-blog/la-mycotherapie


Sources : 

Retour au blog